14 July 2026
2026/07/10 - 16:46
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A l'occasion des funérailles d'un Guide courageux, sage, érudit et profondément attaché à l'Iran

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Les funérailles d’un grand homme ne sont jamais seulement une cérémonie destinée à accompagner une dépouille. Dans de tels moments, une nation ne se trouve pas seulement confrontée à la perte d’un être humain, mais aussi à une part de son histoire, de sa mémoire et de son identité.

Il est des instants où le temps, pendant quelques heures, semble suspendre son cours ordinaire ; les préoccupations quotidiennes s’effacent, et les hommes se retrouvent soudainement face à des questions auxquelles le tumulte de la vie leur laisse rarement l’occasion de réfléchir.

Des questions telles que celles-ci : pourquoi certains êtres humains commencent-ils véritablement après leur départ ? Pourquoi arrive-t-il que l’absence d’une figure, au lieu de créer un vide, fasse se poursuivre sa présence dans des couches plus profondes de la société ?

Pourquoi certains noms, à la différence de tant d’autres inscrits dans les pages de l’histoire, n’appartiennent-ils pas seulement au passé, chaque génération entrant de nouveau en dialogue avec eux ?

Cette interrogation est l’une des plus anciennes que l’être humain se pose au sujet de la mort, du sens et de l’éternité. Car, depuis les commencements de l’histoire, l’homme a compris qu’il existe une grande différence entre « être en vie » et « être présent ».

Nombreux sont ceux qui ont vécu de longues années, mais dont le départ semble n’avoir laissé aucune trace de leur passage en ce monde. À l’inverse, il est des hommes dont la vie fut peut-être brève, mais dont le sens qu’ils ont donné à leur existence est demeuré vivant des siècles après eux.

Le secret de cette différence doit être recherché dans cette vérité : l’homme ne vit pas seulement par son corps. Le corps est la part visible de l’homme ; ce qui se voit, se touche et retourne un jour à la terre. Mais l’homme, dans son sens le plus profond, est un ensemble de choix, de croyances, de souffrances, de résistances et d’idéaux qu’il façonne tout au long de sa vie.

Il arrive qu’un être humain établisse un lien si profond entre sa vie et une vérité que sa mort corporelle ne puisse mettre fin à sa présence. Car ce qui a disparu n’est qu’un corps ; ce qui demeure, c’est le sens.

Et l’histoire, plus qu’elle n’est l’histoire des corps, est l’histoire des sens. C’est dans cette perspective que la notion de martyre, dans la culture islamique et plus particulièrement dans la culture d’Achoura, acquiert une place différente de celle de la mort ordinaire. Le martyre n’est pas seulement une manière de mourir ; il est une manière de donner sens à la mort.

Ce qui distingue le martyr de celui qui meurt simplement ne réside pas dans le fait même de partir, mais dans la raison pour laquelle il part.

La mort est la fin naturelle de la vie humaine ; mais le martyre est un choix conscient face à une question fondamentale. Le martyr est celui qui, entre l’existence et la vérité, entre la préservation de soi et la sauvegarde d’un sens, fait un choix ; il fait de son martyre comme un feu embrasant l’encens de son âme, et parfume ainsi le monde.

Comme le dit  Rumi :

«Le feu dit avant-hier, en secret, à l’oreille de la fumée

L’aloès ne peut se passer de moi ; c’est auprès de moi qu’il trouve sa joie.

Lui seul connaît ma véritable valeur et me rend grâce,

car c'est dans son propre anéantissement que le bois d'aloès a découvert son véritable profit.

Des pieds à la tête, le bois d'aloès n'était qu'un enchevêtrement de nœuds ;

mais dans l'ouverture du Néant, tous ces liens se défirent.

Ô compagnon qui te nourris de ma flamme, ahlan wa sahlan !

Ô toi qui t'anéantis, mon martyr et la fierté de tous les témoins. »

Dans le cours ordinaire de la vie, l’homme est un individu ; il possède un nom, une famille, des souvenirs et une histoire qui lui sont propres. Mais il arrive qu’un choix, une résistance ou un sacrifice le fasse franchir les limites de son individualité et le transforme en un symbole historique.

Il existe une profonde différence entre un « individu » et un « symbole ». L’individu peut être vu, limité, assiégé, voire éliminé. Le symbole, en revanche, n’est plus enfermé dans un corps ni dans un temps déterminé. Il entre dans la mémoire collective. Il s’établit dans l’esprit des hommes, et chaque génération le relit à la lumière des questions de son époque.

C’est pourquoi tant de puissances, au cours de l’histoire, ont commis une même erreur : elles ont cru qu’en supprimant un homme, elles pourraient également faire disparaître le sens qu’il incarnait.

Or, l’histoire a montré que ce calcul s’est toujours révélé erroné. Car il arrive que des hommes, après leur mort, cessent d’être de simples « personnes » pour devenir des « références ». On peut supprimer une personne ; on ne peut pas supprimer une référence. On peut briser une lampe ; mais la lumière qu’elle a fait naître dans l’esprit des hommes ne s’éteint pas si facilement. Quant à la pensée et à l'exemple qu’elle laisse, tels une semence jetée dans les plaines du sens et de la conscience, ils finissent toujours par germer de nouveau :

«Le jour de ma mort, lorsque mon cercueil sera porté,

ne crois pas que j'éprouve encore la moindre peine de ce monde.

Lorsque tu verras ma dépouille, ne t'écrie pas : « Séparation ! Séparation ! »

Car pour moi, ce sera l'heure de l'union et de la Rencontre.

Lorsque tu me confieras à la tombe, ne dis pas : « Adieu, adieu ! »

Car la tombe n'est que le voile derrière lequel s'accomplit l'union des âmes.

Si tu vois le coucher, regarde aussi l'aurore qui s'annonce.

Pourquoi le déclin du soleil et de la lune serait-il une perte ?

Quelle semence s'est jamais enfouie dans la terre sans germer ?

Pourquoi douterais-tu qu’il en soit ainsi de la semence qu’est l’homme ? »

Dans la culture de l'Achoura, cette vérité s'est révélée dans sa forme la plus accomplie. L'Achoura n'a pas été un simple événement historique survenu en un lieu et un jour déterminés ; elle a constitué un moment décisif dans l'histoire du sens. Ce qui s'est produit à Karbala n'était pas seulement l'affrontement de deux forces militaires ; c'était la confrontation de deux conceptions de l'être humain : celle de l'homme enraciné, fidèle à ses principes, et celle de l'homme sans repères, sans quiétude intérieure et privé de toute orientation :

«Tantôt tu prends celui-ci pour mesure, tantôt celui-là pour étalon ;

deviens désormais ta propre mesure, afin de trouver ton juste équilibre. »

Un regard voulait faire de l'être humain, face au pouvoir, un être soumis et calculateur ; un être qui n'accepte la vérité que lorsqu'elle ne lui coûte rien, et qui ne prend la parole que lorsque le danger a disparu.

L'autre regard, au contraire, donnait à voir un être humain qui considère que certaines vérités valent davantage que le calcul de son intérêt personnel.

Si nous mesurions l'histoire uniquement à l'aune de la puissance matérielle, l'issue de l'Achoura aurait été connue d'avance. Un petit groupe faisait face à une structure puissante et, du point de vue militaire, il n'avait aucune chance de l'emporter.

Mais la question de l'Achoura n'a jamais été seulement celle de la victoire militaire. Car toutes les victoires ne se remportent pas sur le champ de bataille. Il arrive qu'un homme soit vaincu sur le terrain apparent, mais qu'il triomphe dans le champ de l'histoire. La victoire finale n'appartient pas toujours à celui qui survit le plus longtemps ; elle revient parfois à celui qui crée un sens qui lui survit.

C'est précisément là que se révèle la différence entre le regard matériel et le regard historique.

Le regard matériel demande : qui est resté ? Qui a détenu le pouvoir ? Qui a dominé la scène ?

Mais le regard historique demande : qui a créé un sens qui, des siècles plus tard, continue encore de pousser les hommes à réfléchir ?

La grande erreur de ceux qui se sont dressés contre la vérité a toujours été de confondre leur puissance avec la vérité. Ils ont imaginé que, parce qu'ils disposaient de davantage d'instruments, l'avenir leur appartiendrait aussi. Mais l'histoire est un juge qui se prononce selon un autre critère. L'histoire demeure fidèle à ceux qui ont laissé à l'humanité quelque chose qui dépasse le pouvoir.

Après l'Achoura, Hussein ibn Ali (paix sur lui) ne fut plus seulement une figure appartenant au premier siècle de l'Hégire. Il devint une question permanente ; une question devant laquelle chaque génération doit trouver sa propre réponse :

Lorsque la vérité a un coût, que choisit l'être humain?

Lorsque la préservation de soi implique la perte d'une valeur plus grande, que choisit l'être humain?

Et peut-être est-ce là le secret de la pérennité du martyr : il n'est pas seulement la réponse à une période de l'histoire, mais une question posée à toutes les époques.

Le martyre est, en réalité, un dialogue qu'un être humain engage avec l'avenir. Au moment de son départ, le martyr ne met pas seulement fin à sa propre vie ; il laisse une question dans l'histoire. Une question qui s'adresse aux générations suivantes et leur demande : existe-t-il une vérité qui mérite que l'on tienne bon ? Existe-t-il un idéal pour lequel l'homme puisse renoncer au confort, à la sécurité, et même à sa propre vie ?

Ces questions sont le secret de la permanence des martyrs dans la mémoire des nations. Car les hommes ne vivent pas seulement de pain, d'intérêt et de calcul. Une grande part de la vie humaine se déploie dans le domaine du sens ; là où les souvenirs, les symboles et les croyances prennent forme et donnent une direction à l'existence humaine.

Bien sûr, comprendre le martyre ne consiste pas seulement, pour une société, à se rassembler au moment de l'adieu, à verser des larmes et à raviver un souvenir. Si le martyre est réduit à une cérémonie, à une image ou à une émotion passagère, l'essentiel de son sens se perd.

Le martyre dépose une responsabilité sur les épaules des vivants. Par son départ, le martyr laisse une question en héritage : Que ferez-vous après moi ? Ce pour quoi je me suis tenu debout n'était-il qu'un slogan, ou une vérité qui doit continuer à vivre dans vos existences ? Mon souvenir demeurera-t-il seulement dans les mémoires, ou se traduira-t-il en actes et en choix ? Car le plus grand hommage que l'on puisse rendre à un martyr ne consiste pas seulement à se souvenir de lui, mais à comprendre la voie au nom de laquelle il est resté debout.

La manière dont chaque société considère ses héros, ses martyrs et ses grandes figures historiques révèle ce qu'elle tient véritablement pour précieux. Regarde-t-elle seulement les individus, ou bien les significations qu'ils incarnent ? Voit-elle l'histoire comme une succession d'événements épars, ou comme une chaîne d'expériences humaines qui relie les générations entre elles ?

Et peut-être est-ce là le sens le plus profond du martyre : par son départ, le martyr n'écrit pas la dernière page de sa vie ; il remet la plume à l'histoire. Dès lors, chaque génération, en lisant cette page, doit clarifier le rapport qu'elle entretient avec cette vérité.

Le martyre du Grand Ayatollah Khamenei peut lui aussi être médité dans cette perspective : non pas seulement comme la perte d'une personnalité, mais comme un moment qui révèle la nature du lien entre un dirigeant, une société et une mémoire historique.

Ceux qui pensaient pouvoir résoudre la question d'un peuple en éliminant un seul homme avaient, en réalité, réduit l'homme et l'histoire à la seule dimension d'un visage. Ils avaient oublié que certaines personnalités ne sont pas simplement titulaires d'une fonction ; elles deviennent, au fil du temps, une partie intégrante d'un récit historique. L'erreur de cette vision est la même que celle qui s'est répétée à de nombreuses reprises au cours de l'histoire : confondre l'« individu » avec le « sens ».

Si un courant de pensée, une croyance ou un lien social ne dépend que de l'existence d'une seule personne, il peut s'effondrer avec sa disparition. Mais si, au fil des années, cette personne est devenue le symbole d'une expérience historique, d'une vision du monde et d'un idéal, alors son absence ne marque pas la fin ; elle inaugure une nouvelle étape dans la relecture de ce sens.

Ceux qui pensaient qu'en supprimant un dirigeant ils écriraient le dernier chapitre d'une histoire se trouvent désormais confrontés à une question plus difficile : pourquoi le départ d'un homme, au lieu de conduire à son oubli, rend-il parfois sa place plus manifeste encore dans l'esprit et dans la sensibilité d'une partie de la société, voire du monde ?

Le martyre d’un grand dirigeant, plus encore que la simple fin de la vie d’un individu, est une épreuve qui permet de mesurer et de connaître la profondeur du lien entre une société et ses symboles historiques. En de tels moments, une société ne se rassemble pas seulement pour accompagner un homme dans son dernier voyage ; elle vient manifester le lien profond qu'elle ressent avec une époque de son histoire.

C'est précisément là que se révèle la différence entre le regard historique et un regard purement politique. Une lecture politique à court terme pose généralement les questions suivantes : que se passera-t-il après la disparition d'un individu ? Quel vide laissera-t-il ? Quels changements interviendront dans les rapports de force ?

Le martyre du Seigneur des martyrs de la Révolution, le Grand Ayatollah Khamenei, montre qu'aucune nation ne peut être comprise à travers les seuls calculs apparents. Derrière chaque société existe un réseau de croyances, de mémoires et de significations qui ne peut être mesuré par des critères exclusivement matériels.

Le martyr s'en va, mais la question qu'il a inscrite dans l'histoire avec son sang demeure. C'est peut-être là la plus grande différence entre la mort d'un homme et le martyre d'un homme :

La mort est le point final de la vie d'un individu ; le martyre est le commencement du dialogue d'un être humain avec l'histoire.

Pour comprendre la place d'une personnalité historique, il ne suffit pas de regarder l'instant de son départ ; il faut aussi considérer le chemin qui l'y a conduit. Aucun être humain ne se construit en un seul instant. Les grandes figures sont le fruit de longues années d'expérience, de réflexion, d'épreuves, de souffrances et de confrontations avec les complexités de leur époque.

Le Grand Ayatollah Khamenei ne peut être réduit à ses seuls titres et responsabilités officielles, car une personnalité historique dépasse toujours une fonction institutionnelle. Pendant plusieurs décennies, il a été présent dans différents moments décisifs de l'histoire contemporaine de l'Iran : de la période de la lutte révolutionnaire et de la Révolution aux années difficiles de la guerre, de la gestion des crises intérieures aux défis posés par les profondes mutations régionales et internationales.

L'une de ses caractéristiques les plus marquantes réside dans l'articulation entre l'idéalisme et le réalisme. Les dirigeants ne traversent pas les épreuves du temps par leurs seuls idéaux, pas plus qu'ils ne peuvent inspirer une société par le seul calcul politique. La pérennité d'un dirigeant dépend, dans une large mesure, de sa capacité à préserver cet équilibre délicat : établir un lien porteur de sens entre les principes auxquels il demeure fidèle et les réalités changeantes du monde.

L'un des traits majeurs attribués au Guide martyr était sa résistance aux pressions extérieures et sa volonté de préserver l'indépendance de la décision politique. Ses partisans le considèrent comme une personnalité qui, face aux vagues politiques et aux pressions internationales, a constamment insisté sur la continuité d'une trajectoire historique et n'était pas disposée à laisser le destin d'une société être défini uniquement selon les critères des grandes puissances du monde.

D'autre part, dans les domaines culturel et intellectuel, une part importante de son image est liée à sa relation ancienne avec la littérature, l'histoire et la pensée. Son attachement à la poésie et à la littérature persanes, l'importance qu'il accordait à la langue et à la culture iraniennes, ainsi que son insistance sur le rôle de l'identité culturelle dans la vie d'une nation, constituent une dimension essentielle de la personnalité qui s'est construite aux côtés de son rôle politique. Pour de nombreux dirigeants, la culture demeure une question secondaire ; dans sa vision, elle était au contraire l'un des principaux espaces où se façonnent l'identité et l'avenir d'une société.

Une autre caractéristique souvent mise en avant dans les analyses de son leadership est sa capacité à créer une cohésion entre les différentes composantes politiques et sociales proches de son courant de pensée. Un dirigeant ne se définit pas uniquement par les décisions qu'il prend ; il se mesure aussi à sa capacité à construire un récit commun et à préserver le lien entre le passé, le présent et l'avenir. Il se mesure aussi à sa capacité à bâtir un récit commun et à préserver le lien entre le passé, le présent et l’avenir.

Ceux qui entreprennent d'analyser les grandes figures de l'histoire sont inévitablement confrontés à une question essentielle : quelle empreinte cette personnalité a-t-elle laissée sur les esprits, les comportements et la trajectoire d'une société ?

C'est là que réside également le secret de la permanence des grandes figures historiques. Elles sont jugées non seulement à travers les décisions qu'elles ont prises, mais aussi à travers les interrogations qu'elles ont léguées à leur époque et aux générations futures. Certains, après leur disparition, ne laissent que le souvenir d'un passé révolu ; d'autres deviennent une partie intégrante du dialogue permanent d'une nation avec elle-même.

Dans cette perspective, le martyre du Grand Ayatollah Khamenei ne constitue pas simplement la fin de l'existence terrestre d'un homme ; il marque un moment où la société se trouve à nouveau confrontée à un ensemble de questions relatives à son identité, à son indépendance, à sa résistance et à son avenir.

Car l'histoire a montré à maintes reprises que la valeur d'un homme ne se mesure pas uniquement au nombre des années qu'il a vécues, mais à l'empreinte qu'il laisse dans l'esprit et la mémoire des hommes. Comme le dit un adage, deux choses témoignent véritablement en faveur d'un homme : son époque et sa façon de vivre. Quant à notre Guide martyr, il a laissé un message durable non seulement par son époque et par sa vie, mais aussi par son martyre.

Que son âme demeure dans la proximité du Très-Haut et que sa voie continue d'inspirer de nombreux disciples.

 

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